"Churchs-interiors, architectural paintings 1580-1720" — "Kerken interieurs, architecturale schilderijen 1580-1720"

"Kirchen interiors, architektonische Malerei 1580-1720" — "Interiores de iglesias, pinturas arquitectónicas 1580-1720 

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Langue : français

560 pages, 2300 illustrations couleurs et N/B

Coffret, jaquette, couverture cartonnée

CD/ROM

ISBN 97890-5325-337-3

Prix : €180,00

Site de l'éditeur : PANDORA

DANIEL DE BLIECK, ( ca 1605 – Middleburg 1673 )

 


Longtemps, la fortune critique qui a stigmatisé le peintre architecte de Middleburg, dont la production ne s’étend que sur une décennie à peine (de 1650 à 1661), n’a pas rendu hommage à la créativité de l’artiste.

Les différents sobriquets par lesquels Jantzen en 1909, caractérise Daniel de Blieck « copiste », «opportuniste » mais encore plus tard ceux de Walter Lietdke «  artiste dépendant du talent des autres » ôte pour une large part, bien que la critique ne soit pas omniprésente, la fantaisie voire l’ingéniosité de l’artiste.

Aussi est il nécessaire de rappeler le paysage pictural dans lequel ce dernier a évolué pour comprendre les influences subies par ces maîtres et l’environnement géographico-artistique présidant à sa création.

Les lacunes archivistiques concernant sa date de naissance sont dues à un incendie qui aurait détruit les archives municipales de la ville de Middleburg pendant la seconde guerre mondiale en 1945. Cependant, les traces d’un autre Daniel de Blieck sont récurrentes et les possibilités sont grandes pour qu’il puisse agir de son père, du même prénom.

En ce qui nous concerne, l’acte officiel de son entrée à la guilde de Saint Luc, le 25 Janvier 1647 pour y sortir le 5 Janvier 1649, légitimise son statut d’artiste, d’architecte et peintre. Il y sera également nommé « beleder » de 1664 à 1665, doyen en 1666, doyen-chef et en 1668 de nouveau doyen, soient titulaire de divers titres honorifiques. La ferveur lapidaire qui l’anime et qui l’a exhorté a s’exécuter dans ces deux domaines est retranscrite au dos d’une gravure par cette assertion : « A SCHRAVESANT INVENTOR DD. BLIECK PICT. ET ARCHIT. FECIT ET EXECUDIT » représentant une vue partielle de l’église de l’est de Middleburg, datant de 1652.

Architecturalement, DE BLIECK conçut les plans du nouveau magasin qui fut construit par la Compagnie Est Indienne en 1671. Dès 1665, il effectua des dessins pour des tailleurs de pierre et sculpteurs leur fournissant des modèles de chapiteaux corinthiens et d’une colonne romane du style des Scamozzi. Ce détail n’est pas sans importance, car nous reviendrons sur le « style » si particulier, dans son œuvre picturale, avec lequel il traite ses chapiteaux. Nous conservons également sept dessins qu’il effectua de la machinerie de l’Hôtel de la Monnaie dont il supervisa les travaux.

 


Picturalement, Daniel de BLIECK aurait entamé une carrière de portraitiste. Le dessin datant de 1649, conservé actuellement au Prentenkabinet de Leyde, du portrait d’Isaac Hoornbeeck, un ministre réformé de Middleburg en atteste. Cependant, il semble s’être tourné assez tôt vers la peinture d’intérieurs d’églises, peut être sous l’influence de Dirck Van Delen, qui travaillait encore dans les environs d’Arnemuiden. La pauvreté artistique qui découlait du déclin de la peinture à Middleburg dans le second quart du XVIIème siècle, après l’effervescence des premières décennies va pousser DE BLIECK à explorer d’autres horizons et se tourner vers Delft et Rotterdam.

C’est, fort de ses solides connaissances en perspective que DE BLIECK débute sa carrière de peintre d’architecture d’église. Dans un premier temps les vues d’églises imaginaires et la copie des maîtres anciens vont être l’objet de sa prédilection,

 

L’« Eglise imaginaire d’après Hendrick Aerts » datée et signée de 1651 et conservée dans la galerie d’Augsburg est une des copies les plus fidèles et méticuleuses d’après l’original de la composition ancienne d’Aerts, gravée à l’eau forte par Londerseel, car il est impossible que cette dernière relève de sa propre imagination. Une même composition est connue de Dirck Van Delen, cependant la copie de DE BLIECK présente quelques différences, il ne réitère pas l’erreur de trop abaisser le premier plan, et la vasque de baptème trouve une place moins prépondérante que sur les copies connues. Un élément préfigurateur de son faire est ici l’utilisation de la couleur, son gris bleu assez morne est contrebalancé par de vives touches jaunes visibles notamment dans la couronne du jubé.

 

 

Houckgeest vivait à Steenbergen, cité à quelques lieues de Middleburg au début de l’année 1652, et il est plus que fortement probable que DE BLIECK l’ait rencontré, tant certaines de ses compositions seront proches des siennes, mais c’est surtout par son intermédiaire et par ses indications qu’il découvre Van VLIET à Delft ainsi qu’Anthonie de Lorme qui seront de véritables détonateurs dans ses futures révolutions. C’est à cette date qu’il abandonne les vues imaginaires pour s’attaquer à la représentation de réels édifices.

 

 


L’Intérieur de l’église Saint Laurent de Rotterdam, conservé à la Tillou Gallery de Londres, est sa première œuvre datée de 1652 et celle qui auprès des historiens de l’art la consacré.
C’est pourtant sur une fausse piste que partaient les recherches lancées par Jantzen en 1910, se basant sur le faux monogramme « EDW » qui se référait à Emmanuel de Witte. Mais le dessin si caractéristique de ses chapiteaux qui jalonnent son œuvre, ce dessin de feuille de fougère en arc de lune, donnera le cachet si particulier à l’œuvre et la réelle attribution à son auteur, confirmée depuis par la signature découverte sur le pilier droit.
L’observation réelle de l’édifice ne lui ôte donc en aucun cas la fantaisie de recréation de ces éléments.
L’activité intense que dépeint ici DE BLIECK renvoie à la vie quotidienne, ainsi les enfants courants dans la plus vive agitation. Le fossoyeur à l’extrémité droite et la figure du jeune homme couché sont comme des éléments déplaçables à souhait que l’auteur transpose dans les trois autres versions existantes dans le monde.


( celle de la National gallery de Varsovie, celle de l’Historisch museum de Rotterdam, puis celle de la collection Maillet à Paris) arborant le même grand format.

 

Les pierres tombales au sol visibles au premier plan, présentent les armoiries de quelques personnalités importantes.L’une d’elles est la tombe du peintre Willem Buytewech, ainsi que celle de Dirck Pesser et de sa femme immortalisée par le pinceau de Rembrandt Haesje CLAESZ ( Los Angeles County Museum et au Rijksmuseum d’Amsterdam)

 

Les personnages ont posés problème, sont ils de sa main ou ne le sont ils pas ? On retrouve pourtant dans une composition d’ « église imaginaire avec éclairage aux bougies » datant de 1653 conservée au Centraal Museum d’Utrecht, la même position que dans le tableau précédent de cet enfant qui court à l’extrémité droite, poursuivi comme les trois autres par un vieillard à canne tandis qu’un homme à droite éclaire une bougie. La dette stylistique envers De Lorme est notable par les effets de lumière rasante gris jaune précisément dans sa composition de Darmstadt datée de 1649.

 


La seconde métamorphose de l’œuvre de DE BLIECK s’opère en 1654. Le point de vue alors choisi change radicalement. Il adopte dès lors une perspective traitée de biais, une lumière frisante tombant sur les piliers.

 

 


L’Eglise Saint Laurent de Rotterdam conservée à Gotha, signée et datée de 1654 présente ces nouvelles caractéristiques, un bord du tableau scénographié par un lever de rideau rouge pour cette version, et vert dans son pendant conservé au musée des Beaux arts de la ville de Reims. Il est évident que les compositions de Houckgeest et de Van Vliet (notamment celui de la collection F. Zschille à Cologne) ont servi de modèle à DE BLIECK.

Mais on retrouve le dessin à fleurettes des chapiteaux qui surmontent les fûts de colonnes, si propre à son faire, le triforium change par rapport à celui de son aîné, les effets de lumière éparses également.

L’effet ascensionnel est ponctué par des formes en pointes, les arcs des ogives, les losanges que forment les blasons qui rompt totalement avec l’effet de Van Vliet aux formes plus arrondies, c’est donc une autre église de Delft différente que nous offre DE BLIECK mais une autre qui se répète dans les œuvres ultérieures. Une version conservée à Schwerin datant également de 1654, se déshabille des effets scénographiques et donne une impression d’espace moins figée.


La version du Musée Bredius de la Haye datant de 1655, donne une impression de naturel plus grand, le système de la nef principale, le triforium caractéristique et les lustres sont bien ceux de l’église Saint Laurent de Rotterdam, seul le perpétuel vocabulaire décoratif des chapiteaux reste à la guise de sa fantaisie. DE BLIECK emprunte ici la recherche de clarté des peintres de Delft. Ce style de « Delft » met également en exergue un procédé visant à faire coller son architecture aux bords du tableau, comme si l’équilibre même de la composition reposait sur ce procédé tout entier.

 

 

 


Une dernière variante se pose comme la maturation de ce style que l’on peut tri-répartir :les compositions de 1654
Les compositions de 1655
La composition de 1656
« L’Intérieur de l’Eglise Sait Laurent à Rotterdam » conservée au musée de Glasgow datant également de 1656. Le tableau ne se termine plus comme précédemment par un pilier au premier plan sur le côté gauche mais laisse l’espace se perdre insensiblement , on peut penser que c’est une idée propre à DE BLIECK, même si l’on trouve de grandes ressemblances avec la composition de Van Vliet de la collection Molthe « l’Eglise de Delft datant de 1652 à Copenhague. Il y a donc recomposition, recréation d’après un modèle existant, mais en aucun d’un plagiat.

 


Mais l’effet de forêt de colonnes voulu ici à l’instar de son modèle n’est que peu réussi dans une composition qui se doit d’être resserré dans un format en largeur, les piliers perdent alors de leur effet ascensionnel


Dans son œuvre tardive, DE BLIECK opère un retour en arrière. Sur sa composition datée de 1661, conservée à la galerie de Copenhague, il représente une église Renaissance avec un éclairage superficiel des lustres dans une perspective frontale, et le tout inséré dans un format en largeur, on lui adresse alors les mêmes reproches qu’à De LORME pour ses premières œuvres.

 

Si on considère toute l’œuvre de DE BLIECK, du moins des tableaux qu’il a datés, on peut lui accorder qu’il a très vite compris les peintres de Delft et leur façon moderne de peindre une église. A peine Van Vliet avait il une nouvelle composition, aussitôt De Blieck l’avait reproduite. Il n’est pas difficile d’imaginer les occasions que De Blieck a eues pour connaître les nouvelles œuvres de Delft .Il semble qu’il ait eu un rapport particulièrement étroit avec Rotterdam, et Rotterdam n’est pas loin de Delft…

En tout cas, ce qui frappe, c’et qu’il prend souvent, l’église Saint Laurent de Rotterdam comme modèle pour ses tableaux, avec ici et là quelques changements.

Ses toutes premières œuvres rappellent beaucoup De Lorme, il n’est pas impossible qu’il ait emporté à Middlebourg, après son apprentissage à Rotterdam, une connaissance précise de l’église Saint Laurent.